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Rite de passage obligé à la Maison Blanche, la rencontre lundi entre le président

sortant George W. Bush et son successeur élu Barack Obama n'est prévue ni

codifiée nulle part dans les textes officiels. Mais c'est chaque fois un moment chargé

d'émotion au cours duquel se transmettent consignes et secrets.

L'ancien vice-président Walter Mondale (1977-81) y voit "la passation

psychologique des pouvoirs", deux mois avant l'investiture du nouveau chef de l'Etat,

le 20 janvier. George W. Bush, qui aura occupé le poste pendant huit ans, a promis

de faire en sorte que "la première transition en temps de guerre depuis 40 ans" se

passe aussi bien que possible. C'est aussi la première fois dans l'histoire des

Etats-Unis que le sortant passe le relais à un président noir.

George W. Bush a d'ailleurs salué l'élection de Barack Obama comme "le triomphe

de l'histoire américaine, un hommage au dur travail, à l'optimisme et à la foi dans la

promesse pérenne de notre nation". Oubliée semble-t-il l'impitoyable campagne

électorale et les attaques efficaces du candidat démocrate contre "l'échec de la

politique" du républicain sortant.

"J'irai avec un esprit non partisan, et le sentiment que le président ainsi que les

différents chefs de groupe du Congrès sont tous conscients de la gravité de la

situation actuelle et veulent que le travail avance", a déclaré le futur 44e président des

Etats-Unis la semaine dernière. Son épouse Michelle Obama devait rencontrer de

son côté la future ex-First Lady Laura Bush.

Le couple Bush devait accueillir le couple Obama, puis ces messieurs devaient faire

quelques pas ensemble pour gagner le Bureau ovale sous l'oeil attentif des médias.

Barack Obama est déjà venu à la Maison Blanche mais n'est jamais entré dans le

célèbre bureau présidentiel, selon sa porte-parole. Le secrétaire général actuel Josh

Bolten a précisé que les deux hommes se retrouveraient seul à seul.

Les personnalités en présence et le contexte général jouent un rôle important dans la

tonalité de cette rituelle rencontre.

Le face-à-face le plus semblable à celui de lundi est peut-être celui de 1961, entre le

sortant Dwight Eisenhower (1953-61), républicain âgé de 70 ans, et John F.

Kennedy (1961-63), ce démocrate de 43 ans qu'il traitait de "blanc-bec" et de "petit

génie". Pourtant, après trois heures d'entretien, M. Eisenhower ressortait "ému par le

sénateur Kennedy, sa compréhension des problèmes du monde, la profondeur de ses

questions, sa connaissance des dossiers et sa vivacité d'esprit", selon le conseiller

présidentiel Kenneth O'Donnell.

Eisenhower avait parlé affaires d'Etat mais aussi montré à son successeur le "panic

button", pressant le-dit bouton d'urgence pour qu'arrive immédiatement l'hélicoptère

du président.

En 1969, le président-élu républicain Richard Nixon (1969-74) avait longuement

disserté avec le démocrate Lyndon Johnson (1963-69) sur la guerre du Vietnam et

les conflits sociaux. "Ce jour-là, nos différences politiques et personnelles se sont

évanouies", écrivit Nixon dans ses mémoires. "Il m'a accueilli dans un club très

exclusif et m'a fait promettre d'adhérer à sa règle cardinale: soutenir ceux qui vous

succèdent". Le président Johnson révéla aussi à son successeur la cachette du

coffre-fort dans le mur de la chambre à coucher.

Le démocrate Jimmy Carter (1977-81) avait pour sa part soigneusement préparé

son entrevue avec son successeur républicain Ronald Reagan (1981-89), mais, à en

croire Walter Mondale, "tout cela est passé bien au-dessus de la tête de Reagan, et

Carter a été vraiment secoué". En 1933, le face-à-face entre Herbert Hoover

(1929-33), qui partait discrédité, et Franklin Roosevelt (1901-09), qui prenait ses

distances avec l'administration sortante, avait été "très froid", raconte Fred

Greenstein, politologue à l'Université de Princeton.

En 1953, Harry Truman (1945-53), qui avait lui pris les commandes seul et dans

l'urgence à la mort de Roosevelt, avait tenu à faciliter les choses à son successeur,

Dwight Eisenhower, le faisant même accueillir par une haie d'honneur. Mais il s'était

dit déçu plus tard, ayant eu "le sentiment que le général Eisenhower n'avait pas saisi

toute l'ampleur de la tâche qui l'attendait".

Quant à George W. Bush, il connaissait déjà la Maison Blanche à son arrivée en

2000, qu'il avait déjà fréquentée du temps de son père George H. Bush (1989-93).

L'entretien avec le démocrate Bill Clinton (1993-2001) dura deux heures pendant

lesquelles "W." se tint raide, les mains serrées sur les genoux, le pied agité, mais

remercia deux fois son interlocuteur pour son hospitalité.

Et ce n'est qu'en prenant possession des lieux, en janvier 2001, que l'équipe Bush

découvrit que le clan Clinton avait enlevé la lettre "W" des claviers de nombreux

ordinateurs de la Maison Blanche... Le genre de blagues de potache qui font elles

aussi partie du rituel. AP



 





 

 

 

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